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Les pourparlers afghans débuteront alors que Kaboul s'apprête à libérer les prisonniers talibans | Nouvelles

Les négociations de paix entre le gouvernement afghan et les talibans devraient débuter au Qatar dans la semaine suivant la libération du dernier lot de prisonniers talibans, ont annoncé lundi l'envoyé spécial américain et des sources gouvernementales afghanes.

Le gouvernement a accepté les conseils d'une Loya Jirga, une grande assemblée d'anciens parfois tenu de décider de questions controversées, dimanche pour libérer 400 prisonniers talibans, ouvrant la voie aux soi-disant pourparlers intra-afghans visant à mettre fin à une guerre qui a duré depuis que le gouvernement taliban a été retiré du pouvoir lors d'une invasion menée par les États-Unis en 2001.

La libération du prisonnier faisait partie d'un accord américano-taliban signé en février. Le gouvernement afghan, qui n’était pas partie à l’accord, devait libérer un total de 5 000 prisonniers pour lancer les pourparlers.

"Notre position est claire, si la libération des prisonniers est achevée, alors nous sommes prêts pour les pourparlers intra-afghans d'ici une semaine", a déclaré le porte-parole des talibans Suhail Shaheen à l'agence de presse AFP, ajoutant que le premier cycle de pourparlers se tiendra à Doha, la capitale du Qatar.

Les pourparlers intra-afghans, qui devaient initialement avoir lieu en mars, ont été retardés car le gouvernement afghan était réticent à libérer tous les prisonniers talibans.

La résolution de libérer le dernier groupe de prisonniers, qui s’avère particulièrement préoccupante pour Kaboul, a été adoptée à l’issue d’une Loya Jirga de trois jours.

"Afin de lever les obstacles au lancement des pourparlers de paix, de mettre un terme aux effusions de sang et pour le bien du public, la Jirga approuve la libération de 400 prisonniers comme demandé par les talibans", a annoncé dimanche Atefa Tayeb, membre de la Jirga.

'Cessez-le-feu durable'

Selon une liste officielle consultée par l'AFP, bon nombre des 400 détenus sont accusés d'infractions graves, dont beaucoup impliquées dans des attaques qui ont tué des dizaines d'Afghans et d'étrangers, dont plus de 150 dans le quartier des condamnés à mort.

La Jirga a exhorté le gouvernement à donner l'assurance à la population que les prisonniers libérés seraient surveillés et ne seraient pas autorisés à retourner sur le champ de bataille, ajoutant que les combattants étrangers devraient être renvoyés dans leurs pays respectifs.

Il a également exigé un "cessez-le-feu sérieux, immédiat et durable" dans le pays.

«La décision de la Loya Jirga a supprimé la dernière excuse et les derniers obstacles sur la voie des pourparlers de paix. Nous sommes au bord des pourparlers de paix», a déclaré Abdullah Abdullah, qui dirige le processus de paix du gouvernement et a été nommé à la tête de la Loya Jirga.

Une source gouvernementale a déclaré à Reuters que le président Ashraf Ghani signerait probablement le décret de libération des prisonniers plus tard lundi.

"Tout le monde attend que Ghani signe le décret. Le plan initial est de se rendre à Doha mercredi, et les pourparlers commenceront dimanche", a indiqué la source.

L'envoyé américain Zalmay Khalilzad a déclaré qu'après la libération des prisonniers "dans les prochains jours", il s'attend à ce que les équipes de négociation se rendent à Doha "et à partir de là, le début immédiat des négociations intra-afghanes".

L'ancien président Hamid Karzai a déclaré à la Jirga qu'il comprenait que les pourparlers "commenceraient dans les deux à trois jours" après la libération des prisonniers.

«  Racheter les talibans est une trahison ''

Le gouvernement afghan a libéré environ 4 500 détenus talibans, mais les autorités ont hésité à libérer les derniers prisonniers exigés par les talibans.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a fait pression pour la libération des détenus, tout en reconnaissant que la décision serait "impopulaire".

Parmi les prisonniers figurent 44 combattants particulièrement préoccupés par les États-Unis et d’autres pays pour leur rôle dans les attaques «de haut niveau».

Cinq sont liés à l'attaque de 2018 contre l'hôtel Intercontinental de Kaboul qui a tué 40 personnes, dont 14 étrangers.

Un combattant taliban impliqué dans le bombardement massif de camions de mai 2017 près de l'ambassade d'Allemagne à Kaboul est également sur la liste, ainsi qu'un ancien officier de l'armée afghane qui a tué cinq soldats français dans une attaque d'initié.

La famille de l'aide humanitaire française Bettina Goislard, assassinée en Afghanistan en 2003, a déclaré qu'elle n'accepterait pas la libération de ses assassins, qui figurent sur la liste.

"Une telle décision de (les) libérer sur la base du commerce de chevaux serait, pour nous, sa famille, inconcevable", a déclaré la famille de Bettina dans un communiqué à l'AFP avant l'annonce de la décision.

Le premier jour du rassemblement, Belquis Roshan, membre du parlement afghan et éminente militante des droits des femmes, a protesté contre la libération des prisonniers, déployant une banderole qui disait: "Racheter les talibans est une trahison nationale".

Les pourparlers intra-afghans étaient prévus dans le cadre d'un accord américano-taliban conclu en février, dans lequel Washington a annoncé qu'il retirerait ses troupes d'Afghanistan d'ici la mi-2021 en échange de garanties de sécurité.

Le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, a déclaré samedi à Fox News que les États-Unis réduiraient le nombre de soldats américains dans le pays à moins de 5000 d'ici la fin novembre, mais a ajouté que cette décision serait "basée sur les conditions".

Le président Donald Trump, qui doit être réélu en novembre, a déclaré à plusieurs reprises qu'il voulait mettre fin à la plus longue guerre américaine, qui a commencé il y a près de 20 ans lorsque Washington a évincé les talibans à la suite des attaques du 11 septembre.

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